Les labels

Dix-neuf maisons de disques, trois façons d’exister

Prenez un disque au hasard dans un bac d’occasion. Retournez-le. Quelque part sur la pochette, souvent en petits caractères qu’on ne lit jamais, il y a un nom de label. Ce n’est pas une décoration. C’est la trace d’une décision : qui a avancé l’argent, qui garde les bandes, qui décidera dans dix ans de ce que devient ce disque.

Dix-neuf portraits, dix-neuf décisions.

Ils n’ont pas été choisis pour faire une liste complète — il en manquerait quelques milliers. Ce sont les labels dont les disques passent sur notre antenne ou circulent dans notre stock, et sur lesquels il y avait quelque chose de vérifiable à écrire. En les écrivant, trois familles se sont dégagées toutes seules.

Posséder ses disques

Huit des dix-neuf sont des labels d’artiste : des structures montées par un musicien pour publier sa propre musique au lieu de la céder. Huit échelles, huit époques — d’une chanteuse belge qui refuse de signer à un chanteur de Toronto distribué par le plus gros groupe du monde. La même décision à chaque fois.

  • Angèle VL Records — le label créé pour ne signer nulle part.
  • QLF Records — un disque de diamant, zéro maison de disques.
  • Foufoune Palace — le label arrivé après la chanson et après la playlist.
  • Roc-A-Fella Records — monté contre les majors, racheté par une major.
  • MJJ Productions — ce que dit un sigle de copyright quand ce n’est pas celui du label.
  • Gentle Threat — un seul nom sur toutes les pochettes, celui de Chilly Gonzales.
  • Telmavar Records — le label qu’Asaf Avidan n’a jamais quitté, même chez une major.
  • XO — trois mixtapes gratuites, sept albums numéro un.

Savoir lire une étiquette

Certains noms sur une pochette ne désignent ni un genre, ni une écurie, ni même toujours un label. Ils désignent un circuit, une époque, un pays de pressage — parfois la décision d’une autorité de la concurrence. Les connaître change ce qu’on comprend du disque qu’on tient entre les mains.

  • Tamla — le sceau qui a précédé Motown, et qu’on confond encore avec elle.
  • WEA — quatre lettres qui ne désignent ni un genre ni un artiste.
  • Polydor — une marque d’exportation allemande qui a gravé les Beatles par accident.
  • Play It Again Sam — du comptoir de vinyles bruxellois au numéro un mondial.
  • Republic Records — le nom d’une indépendance qui n’existe plus.
  • Interscope Records — revendu par une major parce qu’il marchait trop bien.
  • Parlophone — le sigle qu’on prend pour une livre sterling.

Rééditer les disques des autres

Rééditer est un métier à part entière, et c’est le terrain où l’écart entre deux pressages d’un même titre est le plus brutal. Ces quatre-là en donnent quatre versions, de la plus documentée à la plus discutable.

  • Rhino — d’un magasin d’occasion à la réédition érigée en métier.
  • Culture Factory — la pochette reconstituée jusqu’à l’OBI japonais.
  • Waxtime — des classiques du jazz à petit prix, et une étiquette qui pose question.
  • Music On Vinyl — le rééditeur qui possède sa propre presse.

Pour aller plus loin