Interscope Records

Le label qu’une major a revendu parce qu’il marchait trop bien

Interscope naît en 1990 d’une coentreprise à vingt millions de dollars entre deux hommes — Jimmy Iovine, ingénieur du son devenu producteur, et Ted Field, héritier et producteur de cinéma — et Atlantic Records, c’est-à-dire le groupe Warner. Time Warner en détient la moitié. Deux ans plus tard, le label obtient les droits exclusifs de commercialisation et de distribution de Death Row Records. C’est cette signature-là qui va tout décider.

Quand le succès devient un problème

Death Row publie alors le rap le plus vendu et le plus commenté des États-Unis. La controverse sur le gangsta rap s’installe au centre du débat politique national, et Time Warner, groupe coté et exposé, se retrouve en première ligne pour une musique qu’il ne produit pas mais qu’il finance.

En septembre 1995, Time Warner revend ses 50 % à Field et Iovine pour 115 millions de dollars. Un groupe de médias se sépare d’une participation rentable — non parce qu’elle perd de l’argent, mais parce qu’elle en rapporte d’une façon qui lui coûte politiquement.

La suite, quatre mois plus tard

Février 1996. MCA Records, alors propriété de Seagram, rachète 50 % d’Interscope pour un montant rapporté de 200 millions de dollars. Soit, en moins de six mois, presque le double de ce que Time Warner venait d’encaisser pour la même moitié.

MCA Music Entertainment sera rebaptisé Universal Music Group la même année. Interscope n’en est jamais ressorti.

Ce que l’étiquette raconte

Un disque portant le sceau Interscope n’est donc pas seulement un disque de major. C’est l’héritier d’un label qui a été, quelques mois durant, la propriété personnelle de deux hommes que l’industrie jugeait trop encombrants — et que cette même industrie s’est empressée de racheter au double du prix.

Pour qui lit les pochettes, c’est un bon rappel : la composition du capital d’un label change plus vite que son nom. Le même mécanisme a joué, dans l’autre sens, pour Republic Records, et il explique pourquoi Parlophone a changé de groupe en 2013 sans changer d’étiquette.

À écouter

  • Dr. Dre — The Chronic — 1992. Death Row, distribué par Interscope : le disque par lequel l’accord prend toute sa portée.
  • Snoop Doggy Dogg — Doggystyle — 1993. Même circuit, succès immédiat.
  • Nine Inch Nails — The Downward Spiral — 1994. L’autre versant du catalogue, loin du rap de la côte Ouest.
  • 2Pac — All Eyez on Me — 1996. Sorti l’année du rachat par MCA.
  • Eminem — The Marshall Mathers LP — 2000. La décennie suivante, sous pavillon Universal.

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