Tamla
Le sceau qui a précédé Motown de plus d’un an
Le 12 janvier 1959, à Détroit, Berry Gordy sort un single de Marv Johnson, « Come to Me », sur un label qu’il vient de créer avec 800 dollars empruntés au fonds d’épargne de sa famille. Le disque porte la référence Tamla 101. La Motown Record Corporation, elle, n’existe pas encore : elle ne sera incorporée qu’en avril 1960. Tamla n’est donc pas une déclinaison de Motown — c’est l’inverse.
Un nom de compromis, un premier succès
Le nom lui-même est un repli. Gordy voulait appeler son label Tammy, en référence à la chanson popularisée par Debbie Reynolds, mais le nom était pris. Tamla en restait assez proche pour garder l’idée sans en payer le prix.
En août 1959, Tamla sort « Money (That’s What I Want) » de Barrett Strong (Tamla 54027), licencié au label Anna puis distribué nationalement par Chess Records. Le titre grimpe à la deuxième place des charts R&B en 1960 : c’est le premier vrai succès de la maison Gordy.
Deux sceaux sous un même toit
En avril 1960, Tamla fusionne avec la Motown Record Corporation tout juste incorporée. Mais fusion administrative ne veut pas dire disparition. À l’intérieur de la maison Motown, Tamla continue d’exister comme un sceau à part entière, avec sa propre numérotation de catalogue, distinct du label « Motown » proprement dit.
C’est sur Tamla que sortent Smokey Robinson & the Miracles (« Shop Around », Tamla T-54034, 1960), Marvin Gaye, Stevie Wonder et les Marvelettes — quand les Supremes, les Temptations ou les Four Tops paraissent sur le label Motown. Deux sceaux, une même adresse à Hitsville U.S.A. Il faut attendre 1982 pour que les numérotations soient unifiées.
Et Tamla Motown, dans tout ça ?
Troisième pièce du puzzle, et la plus utile pour qui trie des bacs : Tamla Motown n’a jamais désigné un label américain. En mars 1965, Berry Gordy s’entend avec Dave Godin, animateur de la Tamla Motown Appreciation Society au Royaume-Uni, pour que les disques du groupe paraissent en Europe sous licence EMI avec cette étiquette composite.
Une même face de Marvin Gaye peut ainsi exister en trois objets différents : pressage américain sur Tamla, pressage britannique sur Tamla Motown, réédition plus tardive sur Motown tout court. Le nom disparaît des sorties européennes en 1976, absorbé par le label générique.
Pourquoi ce label nous intéresse
Une radio qui programme de la soul et un stock de vinyles vivent l’un et l’autre de ce genre de nuance. Un disque étiqueté Tamla n’est pas un disque étiqueté Motown ni un disque étiqueté Tamla Motown, même quand il s’agit du même titre, du même artiste et parfois de la même année — le pressage, l’origine et la valeur de collection en dépendent. Savoir lire une étiquette, c’est la différence entre une fiche de vente honnête et une fiche approximative.
À écouter
- Marv Johnson — Come to Me — 1959. Le tout premier disque du label, référence Tamla 101.
- Barrett Strong — Money (That’s What I Want) — 1959. Tamla 54027, premier vrai succès de la maison Gordy.
- Smokey Robinson & the Miracles — Shop Around — 1960. Tamla T-54034, l’un des titres fondateurs du son Motown.
- Marvin Gaye — I Heard It Through the Grapevine — 1968. Pressage américain Tamla T-54176.
- Stevie Wonder — Superstition — 1972. Tamla 54226.