Angèle VL Records

Le label qu’Angèle a créé pour ne signer nulle part

En 2018, une chanteuse belge de 22 ans sort son premier album sans maison de disques. Pas par dépit : par choix. Le label qui figure sur la pochette de Brol, Angèle VL Records, n’existe que pour ça — lui permettre de sortir ses propres disques sans céder ses masters à personne.

Un label qui ne signe personne

La plupart des labels se définissent par leur catalogue : des artistes signés, une ligne éditoriale, un son reconnaissable. Angèle VL Records ne fonctionne pas comme ça. C’est ce qu’on appelle une structure d’auto-production — une société créée par une artiste pour éditer sa propre musique. Le VL vient de Van Laeken, son nom de famille.

La distinction a son importance, parce qu’on lit souvent l’inverse : non, Roméo Elvis — qui est son frère — n’a pas sorti ses albums sur le label de sa sœur. Chocolat, en 2019, est paru sur OEL Records. Angèle VL Records n’a jamais eu de roster. Il n’en a jamais eu besoin.

Ce que ça change, concrètement

Sortir Brol le 5 octobre 2018 en indépendante, c’était accepter de tout porter : la fabrication, la promotion, la distribution, la trésorerie. En échange, Angèle a gardé la propriété de ses enregistrements et la main sur ce qu’elle en fait — les rééditions, les licences, les choix de pochettes, le rythme des sorties.

L’album est devenu l’un des plus gros succès francophones de la décennie. Ce qui, dans l’histoire de l’industrie, est un cas d’école : la démonstration qu’un premier disque peut atteindre ce niveau sans qu’une major l’ait fabriqué. Le disque a été prolongé un an plus tard par Brol La Suite, une réédition augmentée — exactement le genre de décision qu’on ne prend seule que si l’on possède le master.

Pour Nonante-Cinq, sorti le 3 décembre 2021 — le jour de ses 26 ans, et le titre est son année de naissance en belge —, le label s’est adossé à Initial Artist Services pour la distribution. Le principe n’a pas changé : un partenaire pour la logistique, pas un propriétaire pour les bandes. Nonante-Cinq La Suite a suivi en 2022, selon le même schéma que Brol.

Pourquoi ce label nous intéresse

Parce qu’il raconte quelque chose qui dépasse largement la pop belge. Depuis vingt ans, la question qui structure vraiment le métier n’est plus « qui va me produire » mais « qui va posséder ce que j’enregistre ». Angèle VL Records est une réponse à cette question, formulée à l’échelle d’une seule artiste, et suffisamment claire pour qu’on puisse la citer.

C’est aussi un rappel utile quand on fouille dans les bacs : le nom imprimé sur un label n’indique pas toujours une écurie. Parfois, il indique juste quelqu’un qui a refusé de signer.

À écouter

  • Brol — 2018. Le premier album, celui qui a tout déclenché. Brol, en bruxellois, désigne le bazar, le fourbi.
  • Brol La Suite — 2019. La réédition augmentée, avec les titres écrits pendant la tournée.
  • Nonante-Cinq — 2021. Le deuxième album, plus sombre et plus électronique.
  • Nonante-Cinq La Suite — 2022.

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