WEA
Quatre lettres qui ne désignent ni un artiste ni un genre, mais un circuit de distribution
Sur l’étiquette ou le dos de pochette d’un disque Warner, Elektra ou Atlantic pressé hors des États-Unis dans les années 1970, 1980 ou 1990, quatre lettres reviennent sans jamais être expliquées : WEA. Elles ne renvoient à aucun genre musical ni à aucun artiste, mais à une structure de distribution née d’une contrainte légale américaine, en 1971. Comprendre ce que dit ce sigle sur un pressage aide à situer un disque dans le temps et dans l’espace.
Une distribution commune, imposée par le droit de la concurrence
En juillet 1971, Warner Bros. Records, Elektra et Atlantic — trois labels appartenant au même groupe, Warner Communications, mais commercialement distincts — mettent en commun leur logistique de distribution aux États-Unis.
La législation antitrust de l’époque leur interdit de se présenter comme une seule entité commerciale sous un nom composé des trois marques. La nouvelle structure est donc incorporée sous un nom neutre : Warner-Elektra-Atlantic Distributing Corp., abrégé WEA, avec des succursales dans huit grandes villes américaines. Fin 1972, une évolution de cette législation permet de simplifier le nom en Warner-Elektra-Atlantic.
Le sigle reste alors cantonné à la logistique : il organise l’acheminement des disques vers les disquaires américains, sans devenir le label affiché sur les pochettes.
D’une structure de gros à une mention imprimée sur les disques
L’internationalisation change la donne. Début 1982, Warner Communications crée WEA International Inc., une entité qui n’existe que sur le papier — elle ne figure qu’à côté des mentions de copyright — pour chapeauter la distribution hors des États-Unis.
Dans plusieurs pays, l’organisation prend en revanche une forme bien visible sur les disques, sous forme de filiales locales opérant sous le nom WEA. En France, la structure née le 1ᵉʳ juillet 1971 sous le nom de Kinney Filipacchi Music devient WEA Filipacchi Music à la mi-1972. En Allemagne, WEA Musik GmbH obtient son propre code d’identification (LC 4281), attribué par l’organisme GVL pour distinguer les labels sur les pressages européens. Au Royaume-Uni, WEA Records Ltd. imprime directement son nom sur l’étiquette.
Aux États-Unis, le sigle disparaît en 1991, remplacé par Warner Music. Dans plusieurs pays européens en revanche, la marque continue d’apparaître sur les pochettes après cette date, le temps que les filiales locales soient rebaptisées à leur tour.
Pourquoi ce label nous intéresse
Une radio qui programme au disque et revend des vinyles passe son temps à lire des étiquettes : pays de pressage, distributeur, mentions de copyright sont autant d’indices qui distinguent une édition d’une autre pour un même titre.
Croiser un sigle WEA sur un disque de Fleetwood Mac, de Chic ou de Metallica ne dit rien sur la musique, mais dit précisément par quel circuit ce pressage-là est arrivé chez un disquaire, hors des États-Unis. C’est une lecture gratuite, à la portée de quiconque retourne une pochette.
À écouter
- Fleetwood Mac — Rumours — 1977. Warner Bros./Reprise, l’un des labels dont le réseau WEA distribuait les pressages hors des États-Unis.
- Chic — C’est Chic — 1978. L’album qui contient « Le Freak », sur Atlantic, l’un des trois labels fondateurs.
- Talking Heads — Remain in Light — 1980. Sur Sire, distribué comme les autres labels du groupe par le réseau WEA.
- ZZ Top — Eliminator — 1983. Warner Bros. Records, dont les éditions européennes de l’époque relèvent du circuit WEA.
- Metallica — Master of Puppets — 1986. Premier album du groupe pour Elektra.