MJJ Productions
Ce que dit un sigle de copyright quand il n’est pas celui du label
Retournez un pressage de Bad, de Dangerous, de HIStory ou d’Invincible. Sous le numéro de catalogue, la mention ℗ ne renvoie ni à Epic ni à Sony Music Entertainment, mais à « MJJ Productions Inc. ». Sur un disque distribué par une major, cette ligne signale une exception : la maîtrise appartient, au moins nominalement, à l’artiste — pas à la maison qui presse et expédie.
Une société de production, pas un label au sens commercial
MJJ Productions Inc. n’a jamais fonctionné comme un label qui recrute un roster. C’est la structure par laquelle Michael Jackson produit et détient les enregistrements portant son propre nom. Le crédit « ℗ 1987 MJJ Productions Inc. » figure sur Bad, « ℗ 1991 » sur Dangerous, « ℗ 1995 » sur les inédits de HIStory, « ℗ 2001 » sur Invincible.
Chaque pochette porte aussi la mention « Produced for MJJ Productions » ou « Copyright © MJJ Productions Inc. » : la société gère les droits phonographiques là où, pour la plupart des artistes d’un catalogue Epic, c’est la maison de disques qui les détient. Le catalogue est aujourd’hui administré par la succession de l’artiste.
À ne pas confondre : MJJ Music
Une autre structure porte un nom presque identique, et c’est là que les fiches de vente dérapent. MJJ Music, lancée en 1993, distribuée par Epic et Work Records, appartenait à Sony Music Entertainment — donc pas à Jackson en propre. C’est sous cette bannière-là qu’il a signé d’autres artistes : le groupe Brownstone (From the Bottom Up, 1994), ou 3T. MJJ Music s’arrête en 2001.
MJJ Productions Inc., elle, ne signe personne. Elle ne concerne que les enregistrements de Michael Jackson lui-même.
Ce que l’étiquette raconte
Une radio qui programme par curation et revend des vinyles finit par lire les pochettes comme des documents de travail : qui a pressé, qui a distribué, qui a gardé la main sur le master.
La mention ℗ MJJ Productions Inc. résume en une ligne un rapport de force rare pour l’époque — un artiste qui négocie la propriété de ses bandes à l’intérieur même du système des majors, au lieu de la céder en échange de la distribution. C’est, à l’échelle de l’un des artistes les plus vendus de l’histoire du disque, une version extrême de ce que documente ailleurs notre portrait d’Angèle VL Records : la différence entre être signé et posséder.
À écouter
- Michael Jackson — Bad — 1987. Premier album dont la pochette crédite MJJ Productions Inc. comme détenteur du ℗.
- Michael Jackson — Dangerous — 1991. Même mention, en pleine bascule de carrière post-Quincy Jones.
- Michael Jackson — HIStory – Past, Present and Future – Book I — 1995. Les inédits portent le ℗ 1995 MJJ Productions Inc.
- Michael Jackson — Invincible — 2001. Dernier album studio paru de son vivant, même structure de crédit.
Pour aller plus loin
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