Republic Records

Le nom d’une indépendance qui n’existe plus

New York, 1995. Deux frères montent un label. Avery et Monte Lipman n’ont ni catalogue ni distribution ; ils commencent par sortir un disque du Bloodhound Gang. Indépendants au sens strict du terme : leur argent, leurs disques, leurs risques.

Trente ans plus tard, « Republic Records » est ce qu’on lit au dos des pochettes de Taylor Swift, d’Ariana Grande, de Drake, de Post Malone et de Morgan Wallen. En 2021, la maison est arrivée en tête des trois classements annuels de labels de Billboard — une première. Elle avait déjà été désignée label de l’année en 2019.

Entre les deux, il s’est passé exactement ce qui arrive aux indépendants qui réussissent. Universal Music Group rachète Republic en janvier 2000. En 2006, une réorganisation la fond dans une entité baptisée Universal Republic Records. En 2011, celle-ci redevient autonome. Et en octobre 2012, elle reprend son nom d’origine.

Pourquoi ce retour au nom compte

C’est le geste qui rend cette étiquette intéressante à lire. Pendant six ans, le nom du groupe propriétaire figurait sur les pochettes. Puis il en a disparu — et « Republic Records », le nom des années où deux frères pressaient leurs disques tout seuls, est revenu seul sur les albums les plus vendus de la planète.

Il n’y a là ni tromperie ni nostalgie. C’est une marque, et elle vaut davantage sans le mot Universal devant. Mais pour qui tient une pochette entre les mains, la conséquence est bien réelle : voir « Republic Records » sur un disque de 2022 ne dit rien d’une indépendance quelconque. Depuis février 2024, le label est d’ailleurs réorganisé au sein d’une unité appelée Republic Corps, aux côtés d’Island et de Def Jam.

Ce que l’étiquette raconte

Republic est l’exemple le plus net d’un phénomène qu’on croise partout sur les étiquettes : un nom survit à la structure qui l’a fait naître. Les frères Lipman dirigent toujours la maison — Monte en président-directeur général, Avery en coprésident —, ce qui est assez rare pour expliquer que le nom ait tenu. Mais la maison qu’ils dirigent n’est plus celle qu’ils ont fondée.

C’est aussi par Republic que passent les disques de The Weeknd, publiés sous le sceau XO : un label d’artiste logé chez un major, l’exact miroir de cette histoire.

À écouter

  • Drake — Take Care — 2011. Young Money et Cash Money au recto, Republic dans la chaîne de distribution.
  • Post Malone — Beerbongs & Bentleys — 2018. L’un des disques qui installent la maison au sommet des classements.
  • Ariana Grande — Thank U, Next — 2019. Écrit et sorti en quelques mois, à rebours du calendrier habituel des majors.
  • Taylor Swift — Lover — 2019. Le premier album publié après son passage chez Republic.
  • The Weeknd — After Hours — 2020. Sous double sceau XO et Republic.

Dans notre stock

Le sceau Republic revient souvent dans notre stock, de Taylor Swift à The Weeknd, le plus souvent en pressages récents.

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