Roc-A-Fella Records

Le label que les majors ne voulaient pas, repris par une major

En 1994, à New York, trois hommes que les maisons de disques établies avaient refusé de signer montent leur propre structure pour sortir la musique de l’un d’eux, Shawn Carter — Jay-Z. Dix ans plus tard, la maison de disques qui avait fini par les distribuer rachète ce qu’il reste du label, et en confie la présidence à ce même homme.

Un label monté pour contourner un refus

Roc-A-Fella naît de l’association de Shawn Carter, Damon Dash et Kareem « Biggs » Burke, après que plusieurs maisons de disques new-yorkaises ont décliné le premier projet de Jay-Z. Le trio commence par vendre lui-même ses disques, avant de conclure un accord de distribution avec Priority Records. Reasonable Doubt, premier album de Jay-Z, sort en 1996 sous cette bannière : succès critique immédiat, ventes plus modestes, mais une réputation qui se construit vite dans le circuit new-yorkais.

En juin 1997, faute de règlements de royalties satisfaisants du côté de Priority, Roc-A-Fella signe avec Def Jam Recordings. La major rachète la moitié du label et prend en charge sa distribution nationale, tout en laissant à la structure une large autonomie créative. In My Lifetime, Vol. 1 (1997) est le premier disque issu de cet accord ; Vol. 2… Hard Knock Life (1998) devient l’année suivante le premier disque du label certifié platine.

De la fabrique de stars à l’absorption

Entre 1998 et 2003, Roc-A-Fella construit un roster qui dépasse largement son fondateur : Memphis Bleek, Beanie Sigel, la formation State Property, puis Cam’ron et les Diplomats, signés fin 2001, dont Come Home with Me (2002) passe platine. Kanye West y fait ses débuts comme producteur maison avant de devenir artiste : The College Dropout sort sous le label en 2004.

Cette même année, Island Def Jam rachète les parts restantes et nomme Jay-Z président de Def Jam Recordings. Celui que les maisons de disques avaient longtemps tenu à distance se retrouve à la tête de l’une d’elles.

L’association entre les trois fondateurs ne survit pas à ce basculement : Dash et Burke quittent la structure pour fonder leur propre label, suivis par plusieurs artistes du roster. Roc-A-Fella continue d’exister par intermittence, le temps de quelques sorties ponctuelles — Watch the Throne avec Kanye West en 2011, Magna Carta Holy Grail en 2013 — avant de s’éteindre comme structure active.

Pourquoi ce label nous intéresse

Roc-A-Fella condense en une décennie ce qu’une radio de curation observe sur la durée : un catalogue né en dehors des circuits établis, puis intégré — avec tout ce que cela change dans la manière dont la musique circule ensuite. Pressages, rééditions, cotes sur le marché de l’occasion : rien de tout cela ne se comporte pareil selon qu’un disque est sorti avant ou après un rachat.

Suivre ce genre de trajectoire, disque après disque, c’est une bonne partie de ce que fait aussi la revente de vinyles.

À écouter

  • Jay-Z — Reasonable Doubt — 1996. Le disque fondateur, sorti avant l’accord avec Def Jam.
  • Jay-Z — Vol. 2… Hard Knock Life — 1998. Premier album du label certifié platine.
  • Beanie Sigel — The Truth — 2000. Le porte-drapeau du roster élargi.
  • Cam’ron — Come Home with Me — 2002. L’arrivée des Diplomats.
  • Kanye West — The College Dropout — 2004. Le passage du producteur maison au statut d’artiste signé.

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