Play It Again Sam
Le label indépendant qui a fini par appartenir au numéro un mondial du disque
En 1983, à Bruxelles, Kenny Gates et Michel Lambot montent une petite structure d’import-export de vinyles. L’année suivante, leur label maison sort son premier disque : Faces in the Fire, des Britanniques de The Legendary Pink Dots. Quatre décennies plus tard, le groupe bâti autour de ce label appartient entièrement à Universal Music.
Du comptoir de vinyles à la new wave industrielle
Play It Again Sam se construit d’abord sur l’électro et l’industriel européens : Front 242, dont No Comment sort sur le label dès 1984, Meat Beat Manifesto, The Young Gods. La structure agit aussi comme distributeur pour d’autres labels — un rôle qui deviendra sa principale activité.
En 2000, l’entreprise quitte Bruxelles pour Londres et se renomme PIAS Recordings. « Play It Again Sam » devient alors une marque parmi d’autres au sein d’un groupe plus large, et non plus l’entité entière.
Un label et un groupe qu’on confond souvent
C’est là que la distinction compte. PIAS désigne aujourd’hui d’abord un groupe de distribution et de services pour labels indépendants, présent dans une quinzaine de bureaux européens, propriétaire par ailleurs du label classique Harmonia Mundi depuis 2015.
Play It Again Sam, elle, redevient en 2011 une marque de label à part entière au sein de PIAS Recordings, aux côtés de Wall of Sound et Different. Son catalogue de cette période accueille Editors, dEUS — dont Following Sea paraît sur le label en 2012 — Agnes Obel ou Joan As Police Woman. La continuité belge se lit aussi dans les compilations de remixes de Soulwax, groupe gantois, parues sur le même label en 2003.
De Bruxelles à Universal Music
L’histoire prend un tournant en novembre 2022 : Universal Music Group rachète 49 % du groupe PIAS. Moins de deux ans plus tard, en septembre 2024, UMG complète l’opération et en devient propriétaire à 100 %.
Un label né du commerce indépendant du vinyle se retrouve ainsi dans le giron de la plus grande major du disque au monde. Le raccourci dit assez bien ce qu’est devenu le secteur en quarante ans.
Pourquoi ce label nous intéresse
Une radio éclectique et un label qui a fait cohabiter l’industriel belge, le post-rock écossais et l’électro gantoise partagent la même logique : celle du catalogue qui saute les cases.
C’est aussi ce grand écart qui rend une revente de vinyles cohérente à côté d’une programmation radio. Le disque garde une trace de qui l’a publié, et dans quelles circonstances — une information que le flux efface.
À écouter
- The Legendary Pink Dots — Faces in the Fire — 1984. Le premier disque jamais sorti sur le label.
- Front 242 — No Comment — 1984. Un pilier de l’électro-industriel belge, publié la même année.
- Soulwax — As Heard on Radio Soulwax Pt. 2 — 2003. Compilation de remixes du duo gantois.
- Mogwai — Happy Songs for Happy People — 2003. Coédité avec Matador pour le marché américain.
- dEUS — Following Sea — 2012. Le retour du groupe belge sur le label qui a marqué sa scène d’origine.
Dans notre stock
Cinq disques du label sont actuellement en vente. Un aperçu resserré d’un catalogue qui a traversé l’industriel, le rock indépendant et l’électro belge sans jamais se figer sur un genre.